Plan National d'Alphabétisation

POUR UN NOUVEAU SOUFFLE DE L'ALPHABÉTISATION EN HAÏTI

Après plusieurs campagnes infructueuses d’alphabétisation,rythmées par les turbulences politiques des dernières décennies, Haïti a adopté en 2018 un Plan national d’alphabétisation.

Si l’analphabétisme est un signe de profonds malaises dans les sociétés dites civilisées, il demeure l’une des causes d’exploitation et de misère dans les pays en voie de développement. Lorsqu’on pose la question de l’analphabétisme dans toute société, moderne ou en voie de modernisation, on se rend compte qu’il n’y a pas de grandes différences en ce qui a trait aux raisons de cet analphabétisme. Plus visible dans le Tiers monde à cause du manque de démocratie et de l’oppression des masses populaires, il est cautionné dans les sociétés modernes de façon pernicieuse, par l’exclusion et la marginalisation des plus démunis. Sans vouloir faire de la propagande pour Cuba, ni passer à l’analyse des problèmes qui lui sont propres, ce pays demeure l’un des modèles incontestables d’une volonté politique qui a abouti à des résultats plus que concrets, dans le sens où une bonne partie de la population cubaine est alphabétisée. Ici encore, on me dira que Cuba est le résultat d’une révolution. Alors, alphabétiser ne s’inscrit-il pas dans un processus de révolution conscientisante? Selon Paolo Freire, les causes de l’analphabétisme sont d’abord et avant tout politiques, d’où qu’elles viennent.

L’expérience haïtienne en alphabétisation 

Officiellement, les premières tentatives du mouvement d’alphabétistion en Haïti remontent à 1943. Fait important à remarquer, au départ le débat ne portait pas sur l’alphabétisation. C’est le débat créole-français qui a débouché sur l’alphabétisation. Même si la grande majorité des Haïtiens ne parlent que le créole, depuis toujours le français, langue héritée de la période coloniale, était reconnu comme la langue de toutes les institutions haïtiennes, de la classe possédante et de la vie active en Haïti. Les multiples tentatives déployées pour lancer la question de l’alphabétisation se sont succédées sans vraiment déboucher sur des plans concrets destinés à réduire le taux d’analphabétisme en Haïti. On peut dire que déjà en 1943, la question de l’alphabétisation passait par celle de l’enseignement du créole. Malheureusement, le débat créolefrançais a complètement occulté la question de l’alphabétisation. L’orthographe du créole n’était pas établie à l’époque, et ce dernier n’était pas reconnu comme langue officielle. Les débats stériles et inutiles autour du démarrage de l’alphabétisation se sont multipliés à profusion, sans oublier le mépris de l’élite du pays face à tout ce qui était propre à la culture haïtienne. En 1944 a démarré officiellement la première vraie campagne d’alphabétisation dans le pays; auparavant, l’implication de l’État n’apportait pas les moyens nécessaires pour réussir une vraie campagne. Connue sous le vocable de «désanalphabétisation», cette campagne a été de très courte durée. Dans un souci de développement central en Haïti, l’Unesco a lancé «l’expérience Marbial», avec une vision plus juste et des moyens financiers plus adéquats. Même si cette expérience a contribué à l’avancement du mouvement d’alphabétisation en Haïti, elle n’a pas été plus fructueuse que les petites tentatives faites dans le passé : un nombre peu élevé d’Haïtiens savaient lire et écrire; malgré tout, les efforts se poursuivaient.